Son Traité contre les spectacles a plusieurs fois été traduit et a exercé une influence puissante sur les penseurs du XVIIIe siècle.
Le procès de l’Art
» De Platon à Rousseau en passant par Saint Augustin, la haine du théâtre suit le théâtre comme une ombre. » Le théâtre et plus largement, l’Art détourne l’homme du sacré. A la racine de sa détestation, un motif métaphysique: toute imitation attente à la dignité de la Création divine en cherchant à se faire passer pour réelle. Sa séduction, d’essence diabolique, se reconnaît aux effets qu’elle produit chez le public. Tout spectacle s’accompagne en nous d’un trouble moral. Aucune prétendue » fonction esthétique » aucune catharsis ne peuvent justifier un tel déchaînement infernal, cette infection de l’âme par le corps. Seul Dieu peut façonner et représenter la vie. L’homme ne peut donc se prendre pour le créateur. Tout Art est mensonge à éradiquer. Seul le spectacle du Jugement dernier pourra procurer plaisir et jouissance à la vue des corps suppliciés, brûlés vifs, empalés.
Du théâtre sur le théâtre
Hervé Briaux a adapté ce texte, l’a travaillé et remanié afin de faire de ce fanatique, de cet adversaire du théâtre, un personnage aux accents contemporains.. Tel un imprécateur, orateur, voire un conférencier, dans un costume noir, intemporel, il nous apostrophe et nous exhorte à ne plus nous complaire dans les turpitudes du monde du spectacle, que ce soit le théâtre ou le cirque. Sans aucune invective, il distille sa haine avec une rhétorique implacable et glaçante. Le raisonnement, aussi insupportable soit-il comporte des arguments massues. On est admiratifs alors que nous sommes saisis, de l’utilisation qui est faite de toutes les figures du style oratoire.
Bien évidemment, ce sont les excès dogmatiques de toutes les religions qui sont évoquées en filigrane. Des accents contemporains qui parlent au public. Nous sommes bien en enfer, ( et du coup, l’affiche prend tout son sens,) un enfer qui se compose au fur et à mesure de l’argumentation de ce fanatique . L’implacable diatribe de Tertullien a traversé les âges ( on peut penser à l’excommunication des comédiens ) et résonne avec les actuels fanatismes religieux.
Ainsi, en une heure, le procès de l’Art est instruit. Quel paradoxe que de jouer au théâtre un texte contre le théâtre et de dénoncer ce qui, justement, nous réunit. Un comédien magistral qui nous laisse pantois. Sobriété du jeu malgré la virulence du propos, scénographie réduite mais extrêmement efficace.
UN SPECTACLE QUI N’A PAS FINI DE NOUS FAIRE REFLECHIR . RIEN N’EST JAMAIS ACQUIS. L’ART, SOUS TOUTES SES FORMES, DOIT RESTER UNE LIBERTE FONDAMENTALE.
